Dans la série « On teste pour vous », je voudrais une exposition inattendue, farfelue et inconnue. Bonne pioche !

Confituredine m’avait laissé le choix, ce soir-là, entre des expositions dont j’avais entendu parler et d’autres non. J’en ai bien évidemment choisi une de la deuxième catégorie (il faut savoir vivre dangereusement !). Du coup, je ne m’attendais à rien, ce qui tombait à pic : j’aurais sans doute été déçue, sinon, parce que je n’aurais jamais pu m’attendre à ça. Ça quoi, d’ailleurs ? Eh bien je ne saurais même pas vous dire !
Le laïus sur le site et à l’entrée du « musée » (une ancienne école désaffectée) évoque une œuvre de pédagogie, voire de salubrité publique : faire découvrir des artistes inconnus, qui ne sont même pas répertoriés en tant qu’artistes. L’intention est louable. Mais alors pourquoi rester si confidentiel ? J’ai la prétention de faire partie des gens relativement bien informés sur la vie culturelle francilienne, et pourtant je n’avais jamais entendu parler de cette exposition ! Apparemment, seuls des happy few y ont eu accès (l’avantage, c’est qu’on n’est pas bousculé dans les salles).
Et quand je dis « happy few », c’est à dessein que j’emploie la langue de Shakespeare. En effet, si, au début, on peut noter (encore) une louable intention, à savoir traduire les cartels rédigés en anglais, il faut croire que les organisateurs se sont vite lassés de copier-coller les textes dans Babelfish et ont décidé de laisser le visiteur se débrouiller. Ça ne me gêne pas dans l’absolu : l’exposition est censée tourner dans le monde, je conçois que cela soit compliqué et long pour une petite équipe avec peu de moyens de tout traduire dans toutes les langues. Mais quitte à commencer, autant aller jusqu’au bout, non ? Et a minima, autant le faire bien.
Well, well, je sens que je vais (encore) passer pour une vieille aigrie. Tant pis. Ne vous fiez pas à cet accès d’humeur pour autant : en réalité, j’ai trouvé le concept très intéressant, la scénographie et le lieu originaux (cf. photos de Confituredine : dommage qu’il ait été interdit de photographier l’intérieur, même si certains ne s’en sont pas privé…) et certaines œuvres remarquables. Mais il y en avait tellement que j’ai bien entendu oublié le nom de leur créateur : comme quoi, le but initial n’est pas atteint ! En tout cas, pas auprès de moi…
Alice

Cette visite m’a, quant à moi, laissée circonspecte : se moque-t-on de nous, rien qu’un peu, même gentiment ? Sûrement un chouia, comme peuvent le laisser penser les affichettes homemade promettant une amende de 1000 € si vous bravez l’interdiction de brandir votre appareil photo, qui ressemblent presque à une blague. Ou comme peut le laisser croire le texte d’accueil de la Chalet society.
Ah oui ! Intriguée, j’ai fouiné. Donc : la Chalet society est une structure, mobile, qui souhaite proposer une nouvelle manière d’aborder l’art, loin des pratiques institutionnelles habituelles. Le premier lieu à l’accueillir est ce bâtiment scolaire désaffecté du boulevard Raspail, en plein 7e arrondissement donc, prêté, par le groupe Emerige dont le président Laurent Dumas est visiblement un collectionneur émérite, à Marc-Olivier Wahler, ancien directeur du Palais du Tokyo. Si loin des institutions artistiques et du microcosme de l’art contemporain, en effet ! Si j’ajoute que certaines œuvres présentées dans l’exposition sont accompagnées de textes rédigés par de grandes figures de l’art contemporain (Boltanski, Messager, etc.), ne commencez-vous pas à trouver un peu d’ironie là-dedans ?
Je dois préciser que The Museum of everything est l’exposition inaugurale de la Chalet society. On retombe sur nos pattes. Son fonds a été constitué par l’Anglais James Brett dans le but de monter et montrer une importante collection d’art brut. Dans sa version parisienne, elle contient plus de 500 œuvres, très diverses dans leurs thèmes, leurs formes, leurs supports. Comprenez le trop-plein d’Alice. En effet, ce fut trop pour bien voir et surtout retenir. Pourtant, quelques pépites surprenantes se trouvent dans le labyrinthe de cet ancien collège. Dommage, elles risquent d’être vite oubliées, noyées dans la masse. Ce foisonnement, en plus du lieu, insolite, donne toutefois une atmosphère très particulière à cette expo. Si vous aimez les doux-dingues et les ambiances arty berlinoises, foncez.

Pour rebondir sur le ressenti d’Alice, mon petit doigt me dit que le plan de communication est probablement millimétré. La recette : faites parler de vous sans trop quand même. Organisez une soirée d’inauguration réservée à des VIP. Comptez sur un article du Monde au moment du lancement, puis plus rien. Laissez faire le bouche-à-oreilles. Restez lacunaire et imprécis sur votre site Internet pour cultiver le mystère. N’autorisez l’entrée que sur inscription. Laissez croire aux visiteurs qu’ils participent au rayonnement d’artistes injustement méconnus avec un don à l’entrée. Avec tout ça, s’ils n’ont pas l’impression d’être des privilégiés, d’avoir dégoté le bon plan expo de la saison à se refiler sous le manteau (ou sur son blog), bref d’être au sommet de la hype, il ne vous reste plus qu’à espérer qu’ils diront tout de même du mal de votre projet. La publicité, même critique, reste de la publicité.
Je pense que Marc-Olivier Wahler ne se prend pas trop au sérieux. Et nous suggère d’en faire de même. Ou suis-je totalement parano ? Pour moi, en tous cas, le but est atteint : mes petites méninges ont bien fait leur boulot de « réflexion sur l’institution artistique contemporaine ».
Confituredine