
Ce n’était pas la première fois que j’allais à la salle Pleyel, mais bien la première que j’y voyais la moitié du public (moyenne d’âge : 60 ans) monter sur scène.
Enfin… « voyais », c’est beaucoup dire ! En réalité, je l’avoue, j’ai tenté une expérience, mercredi soir dernier : puisque j’allais voir des chanteurs aveugles, pourquoi ne pas essayer de ressentir la même chose qu’eux ? Écouter, sans voir. Entend-on vraiment plus de choses si on se concentre sur un seul de nos sens ? Qu’est-ce qui différencie le live du CD que j’écoute chez moi, bien au chaud dans mon canapé, en dehors de ce qui se passe sur scène ?
Les Blind Boys of Alabama m’en ont donné une démonstration magistrale : tout, en fait ! Les vibrations de la grosse caisse et du subasophone que l’on ressent dans son ventre, d’abord, mais aussi et surtout : l’interaction avec le public ! Ça peut paraître évident, mais finalement, dans une grande salle comme Pleyel (et avec son public habituel), l’équation n’est pas forcément facile à résoudre. Ce fut heureusement le cas cette fois-ci ! Le Preservation Hall Jazzband, qui assurait la première partie puis accompagnait les chanteurs, avait initié la tendance, les Blind Boys l’ont reprise. Ils sont descendus dans le public pour que ce dernier constitue la « second line », comme dans les marches de rue à New Orleans : les musiciens devant, le public derrière, qui danse. J’étais au balcon, et n’ai donc pas pu faire partie de la procession, mais ils avaient l’air de bien s’amuser, notamment un vieux monsieur, énorme, qui a profité de la liesse pour inviter une petite midinette à danser et lui a donné toute son énergie…
Oui ? Quoi ? Très bien, j’avoue : à ce moment-là, j’avais les yeux ouverts…


Prem’s ! Bon soit en dit en passant, j’aime bien comme nom de blog
[...] faut croire que j’étais visionnaire, en débutant ce blog avec les Blind boys of Alabama. Deux ans plus tard, voilà que je réitère l’expérience d’un concert sans rien voir. [...]